Un bateau nommé Québec (La Presse + 3 mai 2014)

Un bateau
nommé Québec

Le 7 avril dernier, les Québécois ont élu un capitaine pour prendre les commandes de leur navire en perdition. Certains moussaillons ont beau s’offusquer du choix collectif, la démocratie a parlé.

À peine arrivé en poste, le capitaine note que son navire, nommé Québec, pourrait se transformer en épave si rien n’est fait pour redresser les finances publiques. Alors que la tempête se lève, les associations de marins promettent de faire la guerre au nouveau capitaine, quitte à plomber le navire en pleine tempête.

Le capitaine est inquiet, il voit des eaux troubles à l’horizon. Selon le Rapport synthèse de la Commission nationale sur la participation au marché du travail des travailleuses et travailleurs expérimentés de 55 ans et plus, le Québec subira une baisse de son ratio du nombre de travailleurs par retraité.

En 1971, le navire québécois disposait de 7,8 travailleurs pour une personne de 65 ans et plus. En 2030, on estime que ce nombre chutera à 2,1 travailleurs. En somme, la courbe démographique s’inversant, la forte tendance à ne pas être en mesure de maintenir un budget à flot ne fera que s’accentuer.

Les autres navires nommés Ontario, États-Unis et la moyenne de la flotte du Canada verront leur population en âge de travailler croître. Pour sa part, le Québec subira une décroissance de cette statistique. En somme, la tempête est imminente et nous serons moins outillés que les navires concurrents pour y faire face.

Malgré tout, l’enjeu principal des discussions de la dernière élection a été le code vestimentaire des marins travaillant pour la flotte nationale. Pour d’autres, l’éternel débat de l’appartenance à la flotte fédérale était le principal sujet de discussion. Les marins ont depuis longtemps bénéficié d’avantages en pillant les réserves à long terme du navire et en négligeant son entretien. Le capitaine dénote un manque de réserves pour faire face aux mois d’hiver et protéger l’avenir des moussaillons.

L’équipage du Québec ne s’est jamais privé de quelque chose. On a amélioré de façon continue les conditions de travail et de vie des marins, mais on ne s’est pas assuré que le bateau était bien entretenu et capable de supporter les ambitions de l’équipage.

COLLABORER

Les marins du Québec étant à bord du même navire, ils devraient opter pour la stratégie de collaboration, plutôt que la stratégie de confrontation. En théorie du management, on stipule que la stratégie de confrontation n’est pas indiquée lorsque l’enjeu du conflit est important et lorsque la relation entre les parties prenantes l’est tout autant. En somme, le Québec a besoin que ses marins agissent d’un commun accord.

Il sera impossible de traverser la tempête si certains marins hissent les voiles pendant que les autres les rangent ; il ne sert à rien de larguer les amarres si on refuse de lever l’ancre de l’inertie.

Deux positions s’affrontent : bâbord en toutes circonstances et tribord en toutes circonstances. Pourtant, pour ne pas tourner en rond et éviter des obstacles, le capitaine se doit d’utiliser en alternance ces deux concepts.

Le Québec a besoin d’une direction. Pour ne pas s’attirer les foudres de l’équipage, de nombreux capitaines n’ont pas osé tenir le gouvernail d’une main ferme. Parfois, ils avaient les deux mains dessus, mais ne faisaient pas le poids. Espérons que cette fois-ci sera la bonne. Travaillons ensemble pour ne pas couler ce navire. À quoi bon se battre pour maintenir des privilèges sur un navire au bord du gouffre ? Ne voit-on pas le risque de noyade collective à l’horizon ?

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