Croître ? Oui, mais pas trop ;Small is beautiful

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Édition du 31 janvier 2015, section AFFAIRES, écran 4

DÉCROISSANCE

Croître ? Oui, mais pas trop

Small is beautiful

Bon nombre d’entreprises québécoises refusent la croissance effrénée. Voici un bref portrait de cinq d’entre elles.

Sylvain Larocque et Isabelle Massé La Presse

DASHTHIS, QUÉBEC

Fondation : 2011

Employés : 10

« Mon objectif pour 2015, c’est de ne pas embaucher de nouveaux employés », lance fièrement Stéphane Guérin, propriétaire de DashThis, une firme de marketing web de Québec.

« Le fric n’achète pas le bonheur, mais il ne nuit pas non plus, a écrit M. Guérin sur son blogue en 2012. Les enfants ne manquent de rien, ça permet de voyager et de se tracasser plus avec la fin du monde qu’avec la fin du mois. Mais passé un certain seuil où c’est stable et que les affaires vont bien, pourquoi vouloir grossir à tout prix ? »

L’entrepreneur de 37 ans aime travailler, mais pas à outrance. Il veut voir grandir ses trois enfants et pratiquer le plus possible son sport préféré, le vélo. Son inspiration ? La célèbre fable du pêcheur mexicain qui rejette les plans de croissance imaginés par un banquier américain pour garder sa vie simple, mais heureuse avec sa famille et ses amis.

« Souvent, plus tu réussis dans la vie, plus tu travailles », constate Stéphane Guérin.

Maintenant que DashThis est bien établie, il a le luxe de choisir ses projets et ses clients. « Mais c’est sûr que si on m’offrait 1 million pour mandat, je le considérerais », lance-t-il dans un éclat de rire.

M. Guérin reconnaît que sa philosophie ne convient pas à tous les entrepreneurs. « Si tu veux changer le monde, ça ne s’applique peut-être pas », dit-il.

Au moment de lancer DashThis, Stéphane Guérin travaillait de 70 à 80 heures par semaine. Aujourd’hui, c’est 35 heures. « Et mon objectif, c’est de descendre jusqu’à 20 ou 25 heures », affirme-t-il

VERGER DE NICOLET, GRAND-ST-ESPRIT

Fondation : 1976

Employés : 5

« Croissance humaine. » C’est ainsi que Sylvie Céré, propriétaire du Verger de Nicolet, près de Bécancour, décrit le « modèle d’affaires » de son entreprise.

« Je suis très prudente, explique Mme Céré. Si on était plusieurs propriétaires, ce serait peut-être possible de viser plus de croissance. Mais c’est très bien ainsi. »

C’est en 2011 que Sylvie Céré est devenue propriétaire du verger du Centre-du-Québec, que sa mère avait acquis en 1976. À l’heure actuelle, elle met davantage l’accent sur l’amélioration du fonctionnement de l’entreprise que sur la croissance des ventes.

Cela pourrait toutefois changer. Il y a un an et demi, Mme Céré a acheté le terrain d’un voisin dans le but d’accroître sa production de bleuets. Mais elle n’est pas pressée. « Je veux m’assurer que tout sera au point avant de me lancer », confie-t-elle.

TBPK, MONTRÉAL

Fondation : 2009

Employés : 10

TBPK est l’un de ces cabinets de services professionnels de petite taille que l’on voit de plus en plus apparaître à Montréal et dans le reste de l’Amérique du Nord.

« Nous avons attiré des avocats et des comptables compétents qui en avaient assez des horaires de fous. Nous ne leur vendons pas tant la croissance que la qualité de vie », expose l’avocat Frédéric Plouffe, associé de TBPK.

Les clients de TBPK sont exigeants, mais ils ne s’attendent pas à ce que les professionnels du cabinet soient nécessairement disponibles en urgence la fin de semaine. « Ça prend des clients qui comprennent notre dynamique. Ceux qui sont désagréables, nous les laissons à d’autres », résume Me Plouffe.

En six ans, l’équipe de TBPK est passée de trois à 10 personnes. « Mais nous pensons que notre taille ne changera pas pour les cinq prochaines années, indique Frédéric Plouffe. Nous ne voulons pas grossir trop vite. »

TBPK ayant une structure plus légère que les grands cabinets, ses tarifs sont moins élevés. « Ça varie entre 175 $ et 300 $ l’heure, précise Me Plouffe. Ailleurs, ça peut aller jusqu’au double. »

ALFRED COMMUNICATIONS, MONTRÉAL

Fondation : 2003

Employés : 14

Lorsqu’il a créé l’agence de publicité Alfred, il y a 11 ans, Jean-François Bernier ne voulait pas se lancer dans une course à la croissance. « On est une quinzaine de personnes depuis huit ans, dit-il. En chemin, je me suis fait dire :  » Tu vas voir, on devient accro à la croissance !  » J’ai quand même décidé de rester petit. »

Le publicitaire dit être entouré d’une équipe polyvalente, qui crée dans les mêmes bureaux de 6000 pieds carrés depuis huit ans. « Les employés sont obligés de faire beaucoup plus, mentionne Jean-François Bernier. Chacun a les manches relevées jusqu’aux épaules. On refuse d’aller en appel d’offres. Il y a des gros clients que je ne veux pas et que je ne peux pas avoir. »

Alfred obtient néanmoins des comptes de 500 000 $ à 4 millions, comme celui de BMR. « On n’imprime pas de l’argent, image Jean-François Bernier. On vend un état d’esprit. »

TRACÉ LIBRE, MONTRÉAL

Fondation : 1998

Employés : 7

Julien Valade a toujours rêvé d’un bureau d’architectes à échelle humaine. « Dès le départ, je ciblais approximativement 10 personnes, dit le dirigeant de Tracé Libre, spécialisée dans la conception de garderies. Dans un bureau trop gros, on ne fait plus d’architecture, mais de la gestion. Bon nombre de firmes ont cette taille, de toute façon. On a des personnes très expérimentées qui sont jumelées à d’autres qui le sont moins. »

L’architecte ne lève pas le nez sur la croissance. « Le chiffre d’affaires croît tranquillement, de façon satisfaisante et j’y trouve mon compte, affirme-t-il. Je pourrais développer de nouveaux marchés, faire entrer un nouvel associé, mais ce n’est pas ce que je recherche. En ayant comme spécialité la petite enfance, les CPE, je participe à la construction de la société, à mon sens. Je suis plus fier de dire que mes employés ont un régime de retraite que de faire 50 000 $ de plus. »

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