Les menottes de l’épargne-études

Nul doute, le Régime enregistré d’épargne-études (REEE) est un outil fantastique. Mais les parents qui « décrochent » trop vite peuvent se faire taper sur les doigts.

Prenez Marianne Pereira qui a versé 7000 $ dans le REEE de ses enfants depuis sept ans. Maintenant qu’elle veut migrer chez un concurrent, Universitas lui impose des frais de 1700 $. Autrement dit, elle perdra le quart de ses cotisations. Autant dire qu’elle est menottée.

« C’est totalement disproportionnel », considère la cliente désillusionnée. Elle qui était si enthousiaste d’ouvrir un REEE dès la naissance de sa fille aînée ! Elle qui n’avait pas perdu un instant pour téléphoner à Universitas après avoir vu un de ses fascicules dans le cabinet du gynécologue !

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Il faut rendre à César ce qui revient à César : Universitas est l’un des rares fournisseurs de REEE à faire la promotion active de ce régime qui reste malheureusement sous-utilisé par les parents.

Pour les grandes banques, le REEE est parfois considéré comme un mal nécessaire à cause de ses coûts d’administration élevés.

Au contraire, Universitas, qui se spécialise uniquement dans les REEE, en fait constamment la publicité à grand renfort de concours, de jeux gonflables et de campagnes télévisées. Et c’est tant mieux.

J’insiste : le REEE est une des meilleures façons d’épargner à long terme pour les parents. Mieux que le REER et que le CELI dans bien des cas.

C’est que les cotisations donnent droit à une subvention combinée fédéral/provincial de 30 %, et jusqu’à 45 % ou 60 % pour les parents à plus faibles revenus. Ceux-ci peuvent même obtenir un bon allant jusqu’à 2000 $ par enfant, simplement en ouvrant un REEE. Même pas besoin de cotiser ! Il faut absolument que tous les parents soient au courant.

Plus on en parle, mieux c’est.

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Mais revenons à Mme Pereira. À force d’entendre parler d’Universitas, elle croyait que c’était la seule institution financière à offrir des REEE. C’est loin d’être le cas. En fait, il existe deux types de REEE très différents.

D’un côté, il y a les régimes individuels ou familiaux qu’on trouve dans les banques ou chez les courtiers, par exemple. Les parents cotisent à leur rythme, sans contrainte. Lorsque les enfants arrivent aux études, ils peuvent retirer l’argent accumulé ainsi que les subventions et les rendements.

D’un autre côté, il y a les régimes collectifs de bourses d’études, comme ceux offerts par Universitas (qui offre aussi des régimes individuels).

Les plans de bourse ressemblent davantage à des produits d’assurance. C’est un engagement rigide à long terme. Les parents doivent faire des cotisations régulières jusqu’à ce que leur enfant arrive à 17 ans. Mme Pereira, par exemple, avait choisi de verser 85 $ par mois, soit environ 1000 $ par année, pour un total de 16 500 $ sur 17 ans.

Or, les plans de bourse comportent des frais de souscription très élevés : 1700 $ dans le cas de Mme Pereira. À la fin du contrat, ces frais sont remboursés aux parents en même temps que leurs cotisations. Mais si les parents résilient le contrat avant l’échéance, ils perdent les frais de souscription ainsi que les revenus générés par leurs épargnes. Extrêmement désavantageux.

Mais le malheur des uns fait le bonheur des autres, car cet argent demeure dans le régime collectif. Il permettra de bonifier les bourses des enfants qui font des études.

C’est la nature même des plans de bourse. Ceux qui se rendent jusqu’au bout sont les grands gagnants. Ceux qui débarquent en cours de route paient le gros prix.

Mais bien des parents ne réalisent pas dans quoi ils s’embarquent. Il est désolant de constater que 20 % des familles résilient leur contrat et perdent ainsi des sommes importantes. C’est d’ailleurs un des motifs de plainte les plus fréquents à propos des REEE, selon une étude réalisée il y a quelques années pour Ressources humaines et Développement social Canada.

Il faut dire que les prospectus sont complexes et s’étirent parfois sur 90 pages. Pour l’épargnant, il est difficile de comprendre la structure de frais, selon l’étude.

« Leur façon de communiquer noie l’information », estime Mme Pereira, qui avait initialé la clause portant sur les frais dans le contrat sans vraiment en saisir la portée. « Je comprenais qu’il y avait des frais, mais pas de cette ampleur-là », explique-t-elle.

Aujourd’hui, elle se sent prise au piège.

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Conscientes des problèmes, les autorités en valeurs mobilières ont exigé récemment une plus grande divulgation des risques dans les prospectus des plans de bourse.

Dès les premières pages, un passage en caractères gras met les épargnants en garde en ce qui concerne les frais de souscription. Et plus loin, on explique la structure de frais plus en détail. Malgré tout, je ne suis pas certaine que tout le monde comprenne à quel point il est coûteux de résilier un plan de bourse en cours de route.

Les partisans des plans de bourse vous diront que cette forme d’épargne forcée plaît aux parents moins disciplinés. Ils vous diront que si votre enfant va jusqu’à l’université, il profitera des sommes abandonnées dans le régime par les participants qui ont décroché en cours de route.

C’est vrai. Mais si c’est vous qui êtes forcé de décrocher ? On ne sait pas ce qui peut arriver : perte d’emploi, divorce, maladie. La vie est pleine de surprises.

Alors, si vous choisissez un plan de bourse, soyez réaliste. Fixez une cotisation que vous pourrez toujours assumer. Et si vous n’êtes plus capable de payer, téléphonez rapidement au plan de bourse. Il peut y avoir des solutions pour limiter les frais.

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