REER ou CELI ? J’ai mieux REEE …….

STÉPHANIE GRAMMOND
LA PRESSE

Est-il préférable de cotiser au régime enregistré d’épargne-retraite (REER) ou au compte d’épargne libre d’impôt (CELI)… ou encore de rembourser son hypothèque en accéléré ?

Cette fameuse question turlupine bien des épargnants alors que la saison des REER se termine le 29 février. Pourtant, il y a une façon d’épargner encore plus payante pour les familles… et j’ai nommé le régime enregistré d’épargne-études (REEE).

Malheureusement, peu de Québécois ont réellement conscience des avantages du REEE, si je me fie à un sondage diffusé lundi par Universitas, chef de file de l’épargne-études. En effet, à peine 9 % des familles ayant des enfants priorisent le REEE, contre 52 % pour le REER et 33 % pour le CELI.

Il faut croire que les alléchantes subventions associées au REEE restent encore méconnues, même si le programme créé il y a 18 ans a atteint sa maturité. C’est peut-être parce que les règles du REEE sont relativement complexes et que les institutions financières ne font pas de battage publicitaire comme pour le REER.

Elles devraient ! Je vous le répète : la plupart des familles qui épargnent pour du long terme devraient cotiser au REEE de leurs enfants avant d’investir dans leur REER ou leur CELI.

Pourquoi ? C’est bien simple. En plus de faire fructifier les économies à l’abri de l’impôt (ou presque), le REEE a un atout que les deux autres régimes n’ont pas : une précieuse subvention de 30 % (20 % Ottawa/10 % Québec).

En cotisant 2500 $ par année, les parents peuvent toucher la subvention annuelle maximale de 750 $ par enfant. En versant 36 000 $ au fil des ans, ils amasseront 10 800 $, le plafond à vie.

Pour les familles à revenus plus modestes, les cadeaux sont encore plus emballants. J’y reviendrai plus loin.

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Or, trop de parents se privent de cette manne. Certains n’ont peut-être pas l’intention de financer les études de leurs rejetons, du moins pas à coups de dizaines de milliers de dollars.

Mais il faut déboulonner un mythe : non, les cotisations au REEE ne sont pas utilisées obligatoirement pour les études.

Il est vrai que les subventions et les rendements du REEE seront versés au jeune lorsqu’il accédera aux études postsecondaires. Mais de son côté, le parent pourra récupérer ses cotisations d’un coup sec et en faire ce que bon lui semble. Il n’y a aucune restriction. Aucun impôt. Ça lui appartient.

Alors, il sera toujours temps de glisser cet argent dans un REER ou un CELI, dont les droits de cotisations s’accumulent dans le temps, contrairement aux subventions du REEE qui finissent par s’envoler quand on ne cotise pas.

Un bémol : les parents qui ont pris du retard ont une chance de se rattraper en cotisant en double au REEE, à raison de 5000 $ par année. Mais l’idéal reste d’ouvrir un REEE dès la naissance de l’enfant et de cotiser 2500 $ par an.

Autre réticence face au REEE : certains parents ont peur de perdre au change si leur enfant décroche. Ici encore, cette crainte n’est pas fondée.

D’abord, les règles de retrait du REEE sont très flexibles. Dès son premier trimestre au cégep, l’enfant peut retirer 5000 $ (subvention et rendement). Par la suite, il y a une limite théorique d’environ 22 000 $ par année. Mais ça prendrait de fameux rendements pour dépasser ce seuil !

Si l’enfant ne fait pas d’études postsecondaires, les subventions et les rendements peuvent être transférés aux frères et sœurs, pourvu qu’ils aient moins de 21 ans.

Sinon, il faudra effectivement remettre les subventions au gouvernement. Mais les rendements ne seront pas perdus, car le parent pourra rouler les revenus de placement du REEE vers son REER, s’il a des droits de cotisations inutilisés.

Bref, le parent n’a rien à perdre, mais tout à gagner de maximiser le REEE de ses enfants.

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Malgré les avantages incontestables du REEE, la moitié des familles passe dans le beurre.

Au Québec, seulement 45 % des enfants de moins de 18 ans ont reçu la subvention, soit 688 000 sur 1,5 million de jeunes admissibles. C’est mieux qu’en 2008 (32 %), mais c’est moins qu’au Canada (49 %).

D’ailleurs, les Québécois cotisent seulement 1194 $ par enfant, par année. C’est presque 20 % de moins que la moyenne nationale (1490 $) et 30 % de moins qu’en Colombie-Britannique (1687 $) et en Ontario (1641 $).

Mais ce n’est pas le pire. Les familles qui ne roulent pas sur l’or laissent filer des cadeaux encore plus payants.

Sur la première tranche de 500 $ de cotisation annuelle, la subvention est bonifiée à 45 % ou 60 % pour les familles dont les revenus sont inférieurs à 90 000 $ et 45 000 $ environ.

Mieux encore, le Bon d’études canadien (BEC) permet de recevoir jusqu’à 2000 $ sans avoir à cotiser 1 cent.

Les familles qui gagnent moins que 45 000 $ environ n’ont qu’à ouvrir un REEE, et Ottawa y mettra 500 $ la première année, puis 100 $ pour les 15 années suivantes, si la famille est encore admissible. C’est carrément de l’argent qui tombe du ciel. Wow !

Néanmoins, les deux tiers de ces familles à faibles revenus ne vont pas chercher leur dû. Voilà qui est regrettable.

Québec devrait songer très sérieusement à ouvrir automatiquement un REEE pour chaque enfant qui naît ou qui immigre au Québec. Il doit bien y avoir un mécanisme pour s’assurer que tous les enfants de familles modestes aillent chercher le cadeau de 2000 $ d’Ottawa.

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